Je n’avais jamais été au Centre culturel de Dinant. Alors, quand Quentin, photographe devenu culte au sein de Cinqmille, me propose de l'accompagner pour y découvrir l’exposition “Surex”, le concert de Winter Woods (épisode 2) et un Set de Dj Gaz & Mc Ginette (épisode 3), je n’imagine pas un seul instant décliner cette soirée on ne peut plus complète et festive.

Nous commençons donc par entrer dans le lieu d’exposition pour découvrir, sur un mode after work, cette présentation des meilleurs clichés de Cinqmille, multimédia citoyen dédié aux arts et à la culture, ayant pour vocation de mettre en lumière les artistes et lieux de diffusions de manière équitable.

A l’entrée de la salle, un bar tenu par A c't' heure Dînant propose de déguster des bières spéciales. Quant à l’ambiance musicale, elle est assurée par Dj Gaz et Mc Ginette qui ont concocté une sélection spéciale parmi les artistes féminines belges.

Photo du bar à bières spéciales par Quentin Spitaels
Photo du bar à bières spéciales par Quentin Spitaels

Les œuvres sont mises en valeur grâce au style naturel et épuré de la salle, attirant le regard sur le contenu exposé. Celui-ci est plutôt diversifié, reflétant le caractère ouvert du projet à tous les styles. Et ce que nous transmettent ces clichés est bien en adéquation avec l’un des objectifs du projet, celui de transmettre l’envie d’explorer et de découvrir la richesse culturelle locale.

Visiteur de l'expo SUREX
Photo de l'expo par Quentin Spitaels

On résiste à l’envie de grignoter tous les chips comme on peut pour en laisser aux invités qui continuent d’arriver par petites vagues. En effet, chacun arrive à son rythme, et l’espace permet à chacun d’errer comme il le sent.

L’espace est également propice aux échanges. C’est notamment une occasion supplémentaire pour les bénévoles (photographes, intervieweurs, rédacteurs, correcteurs,...) de passer un moment ensemble. Parce que ce qui ressort également de ce projet, ce sont des rencontres, du partage d’émotions, du respect et de la reconnaissance mutuelle. Selon l’implication qu’on désire y intégrer, être bénévole Cinqmille demande parfois du travail, mais les liens qui y naissent, se tissent et la participation à la valorisation culturelle sont de profonds stimulants.

Photo de Mélanie Splaignaire du CC Dinant, Laurie Macé, Mc Ginette et Sébastien Roberty
Photo de Mélanie Splaignaire du CC Dinant, Laurie Macé, Mc Ginette et Sébastien Roberty par Quentin Spitaels

C’est notamment autour de ces discussions que naît l’envie, oserais-je dire le besoin, de questionner ce qui attire dans la démarche de devenir bénévole pour ce média culturel, à un moment de sa vie. Quentin et Guillaume ont répondu à quelques questions.

Quentin, ancêtre, photographe

Photo de Quentin Spitaels par Jules Roberty
Photo de Quentin Spitaels par Jules Roberty

Laurie : Qu’est-ce qui t’a motivé à rejoindre Cinqmille ?

Quentin : Je fais partie de Cinqmille depuis le début de l’aventure. C’est Adrien (du CRC) qui m’a proposé de venir faire quelques photos bénévolement pour ce média citoyen. Je me suis lancé sans trop connaître le principe, mais je me suis dit « pourquoi pas ? ». Je ne connaissais personne dans le projet mais le fait de pouvoir découvrir la culture namuroise me plaisait bien.
Qu’est-ce qui t’a attiré ?
Comme je le disais, c’était la découverte de nouveaux artistes ou, en tout cas, d’artistes moins mis sur le devant de la scène par des médias plus connus. Et puis, il y avait ce côté citoyen participatif que je trouvais intéressant. Et puis, en tant que photographe, je pouvais avoir accès à certains événements grâce à Cinqmille.

Laurie : Qu’est-ce qui te plaît actuellement ?

Quentin : Ce que je retiens en premier, ce sont les chouettes rencontres. Que ce soit au niveau de certains artistes qui sont devenus des potes ensuite ou au niveau des membres du CRC.
Évidemment, il y a les rencontres au niveau des bénévoles Cinqmille. J’y ai fait de supers rencontres, notamment celle d’une super chroniqueuse de talent. (merci Quentin pour cette allusion affectueuse).
Ce que j’aime bien aussi, c’est que nous ne sommes pas tenus de respecter une ligne éditoriale ou faire des commentaires élogieux si un spectacle ou une expo ne nous a pas plu. Ça reste de la chronique avec une subjectivité assumée.
Et là, après une période très creuse pour Cinqmille, j’apprécie voir que certains bénévoles se mobilisent pour relancer un peu cette machine qui est un super outil de promotion de la culture.
Et, évidemment, pour bien réfléchir à tout ça, rien de mieux que de se retrouver autour d’un verre et de chips pour partager nos idées !

Laurie : Qu’est-ce qui est le plus compliqué ?

Quentin : Ça va à l’opposé de ce que je viens de dire auparavant, mais faire tourner ce projet uniquement avec des bénévoles, c’est aussi risquer à ce que personne ne réponde aux différents appels pour couvrir des événements.
Je sais qu’il y a quelques personnes très impliquées pour que Cinqmille tourne bien, mais ça reste un projet participatif et bénévole. Ça ne doit pas reposer uniquement sur quelques épaules dévouées.
Mais je préfère voir ce super projet comme une somme de belles choses et ne pas (trop) m’arrêter aux côtés moins chouettes.

Laurie : Qu’est-ce que le projet Cinqmille t’a apporté personnellement ?

Quentin : C’est le fait d’oser se lancer dans l’inconnu. Habituellement, j’aime avoir une certaine maîtrise de ce que j’entreprends. Pour Cinqmille, le projet était naissant, je ne connaissais personne… et pourtant, je m’y plais.
Et puis, c’est clairement le côté relationnel et amical qui en découle que j’apprécie particulièrement.

Laurie : Pour devenir bénévole, il y a besoin de compétences ou de qualités particulières ?

Quentin : Il n’y a pas besoin de compétence particulière. Les bénévoles ne sont pas des professionnels et on vient avec notre personnalité. Il n’y a pas de ligne éditoriale à respecter ni d’exigence lors de l’écriture. C’est tout le plaisir de pouvoir transmettre son vécu subjectif par rapport à une expo, un concert… que ça soit en photo ou en rédaction. Cinqmille n’attend absolument pas la perfection mais mise justement sur un témoignage vivant de l’événement couvert.
Qu’est-ce que tu aurais envie de dire aux potentiels bénévoles ?
Chaque bénévole amène sa pierre au projet en fonction de sa sensibilité propre ainsi que de ses capacités. Que l’on soit photographe, chroniqueur, illustrateur… La chose la plus importante est de laisser libre cours à ce que l’on sait faire. Il n’y a pas à se mettre de pression. Et chacun sera respecté pour ce qu’il amène. Le fonctionnement est plutôt basé sur l’entraide plutôt que la concurrence. Et c’est super enrichissant.
Il vaut mieux un rendu « imparfait » par rapport à ce qui se fait habituellement, mais qui donne envie; plutôt qu’un reportage parfait, mais sans âme.
Et la philosophie wabi-sabi colle parfaitement au fonctionnement de Cinqmille. « Le concept wabi-sabi célèbre la beauté de l’imperfection et de l’impermanence, reflet même du cycle de la vie. C’est un principe selon lequel l’harmonie réside dans le naturel et la spontanéité et non dans l’absence de défauts. Ainsi, l’asymétrie, l’impermanence, les déséquilibres, les formes incomplètes et les cassures viennent sublimer les choses. Le wabi-sabi c’est la plénitude que l’on ressent lorsque l’on contemple un paysage naturel, un bol en terre cuite d’aspect irrégulier ou encore lorsque l’on savoure un vin bonifié avec les années. »

Guillaume, jeune bénévole, photographe

Photo de Guillaume devant son oeuvre par Quentin Spitaels
Photo de Guillaume devant son oeuvre par Quentin Spitaels

Laurie : Qu’est-ce qui t’as motivé à rejoindre le projet Cinqmille ?

Guillaume : J'ai toujours été très actif dans l'organisation de concerts, et dans le monde musical en règle générale. Et comme je suis nouveau namurois, c’était le meilleur moyen, le meilleur accès vers un réseau, des échanges, participations et collaborations. Je trouve le projet extrêmement intéressant dans la mesure où c’est un projet citoyen où chacun amène sa petite brique dans l’édifice. Voilà, je trouve ça cool, tout simplement.

Laurie : Tu l’as rejoint en tant que photographe…

Guillaume : Dans un premier temps, oui. Mais, on a une réunion avec le pôle musique du Hang’art bientôt où je vais proposer mes services de booker de concerts. J’ai pas mal de contacts dans le réseau musical, donc l’idéal c’est que je puisse en faire profiter tout le monde, au Hang’art, au sein du projet Cinqmille. Je ne connais pas très bien les rouages qui animent l'un et l'autre, mais j'ai l'impression qu'il y a une espèce de synergie entre les projets, donc l'idée c'est qu'on puisse s'amuser tous ensemble.

Laurie : Et en quoi tu identifies le côté citoyenneté de Cinqmille ?

Guillaume : Déjà, c'est sur base volontaire, c'est-à- dire que ce sont des gens qui sont prêts à s'investir et à défendre les couleurs culturelles de leur ville, de leur région. Et puis, ça donne une page blanche à pas mal de gens comme moi qui sont photographes amateurs, pas professionnels. Ça valorise un peu leur travail. C'est du win-win parce que Cinqmille valorise le travail, mais nous, on valorise la culture namuroise. J’ai l’impression que c'est une espèce de cercle vertueux, quoi.

Laurie : Tu penses que la culture namuroise manquait de visibilité ?

Guillaume : En fait, de l’extérieur, la culture namuroise n’avait pas très bonne presse. J'ai vécu à Bruxelles, j'ai vécu à Charleroi, là où il y a une énergie différente par rapport aux événements un peu alternatifs. Namur, de mon point de vue, a ce côté un peu “culture de petits bourgeois”. Et, au final, je vois qu'en fait il y a des choses intéressantes qui ont lieu pour d'autres franges de la population, comme pour les gens en recherche, justement, de culture alternative. Et je crois que c'est important de valoriser ça. Quoi qu'il en soit, peu importe l’endroit où on se trouve, la culture alternative doit sortir du lot. Elle doit rester alternative, mais elle doit être disponible pour tout le monde.

Ma conclusion après cet échange

Nous échangerons quelques idées avec Guillaume, après interview, sur nos visions du bénévolat au sein de Cinqmille. Au regret de ne pas avoir enregistré, je quitterai cette soirée avec la conclusion qu’il est nécessaire de se lancer, d’oser, et de ne pas se comparer car il n’y a, au fond, pas de compétences particulières attendues. Les seules exigences sont d’apprécier les événements et les rencontres, de vivre ces moments, de les partager sans aucune pression de performance, et de véhiculer des émotions.

On ne pouvait quitter cette exposition sans prendre quelques minutes avec un membre du Centre Culturel de Dinant. Mélanie a accepté la proposition.

Photo de Mélanie Splaignaire du CC Dinant & DJ Gaz par Quentin Spitaels
Photo de Mélanie Splaignaire du CC Dinant & DJ Gaz par Quentin Spitaels

Laurie : Qu'est-ce qui vous a plu dans l'Expo 5000 ? Pour quelle raison avoir souhaité la mettre en valeur ?

Mélanie : Déjà, dans un premier temps, il y avait l'idée d'attirer des publics différents. Comme c'est une expo qui est assez accessible, qui parle de spectacles, de concerts, et cetera, on s’est dit que ça pouvait toucher un public assez large. Un autre type de public qu’on se doit de toucher également. Et puis, il y a clairement un lien qu'on peut faire entre le public namurois et dinantais.

Laurie : De façon générale, que ce soit pour des expos, des concerts, comment se posent les choix de programmation ? A quoi faut-il être vigilant ?

Mélanie : C'est vrai qu'il y a la question de la transversalité, donc on essaie de faire en fonction du reste de la programmation, en spectacle, en cinéma, etc. C'était pas le cas pour cette expo qui était davantage en rapport avec la diversité du public. Et puis, il y avait là une connotation plus festive qui collait bien avec SUREX, et le Comptoir des Ressources Créatives (CRC) en général. Donc l’afterwork de ce soir, c'est le genre d'idée qu'on peut mettre en place avec ce type d'expo, ce qui n'est pas possible avec une exposition d'art plastiques plus classique. C’est une expo plus conviviale qui permet d’ajouter des moments de ce type. Ca permet d’être dans des démarches moins traditionnelles. Par exemple, on n’a pas fait de vernissage, et l’ouverture d’expo est l’afterwork.

Laurie : Ça rejoint ce que tu évoquais, cette mission d’un centre culturel de satisfaire tous types de publics ?

Mélanie : On se doit de satisfaire aussi un public à Dinant qui a envie de choses un peu festives et que les expositions soient reliées à des petits moments conviviaux. Actuellement, le centre culturel a un public bien présent pour le théâtre et les expositions, mais en mode plus traditionnel. Et donc, on essaie à présent de vraiment lier les événements entre eux. Il y avait des gens qui venaient aux expositions et qui repartaient ensuite. Nous ce qu'on veut, c'est qu'il y ait une proposition où les gens peuvent venir à l'exposition uniquement, mais qu'ils peuvent aussi venir boire un verre avant d'aller au concert, et après le spectacle passer une petite soirée dansante. C’est leur proposer un projet en fait, une soirée complète. On ne fait pas ça pour toutes les expos, mais “Surex” s’y prête bien. Et l’idée, c’est qu’on en propose quelques-unes comme ça sur la saison, qu’elles soient liées à d’autres projets du centre culturel.

Laurie : Elle est exposée pour 15 jours… c’est assez court, non ?

Mélanie : C’est ça, elle est démontée le 22 décembre. C'est une première expérience. Ça se mettait bien parce qu’elle est facile à monter. C'est une exposition itinérante qui existe déjà, donc il n’y avait pas énormément de travail de mise en scène, de scénographie à prévoir. Donc ça c'était chouette aussi d’accueillir une expo qui était déjà clé sur porte.

Publié le 4 Janvier 2023 par
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