La conférence

Nous sommes le vendredi 20 octobre. Cinqmille est invité à la conférence de presse du The Extraordinary Film Festival. Je suis disponible et je compte couvrir l’événement, Sorah me transfère donc les informations. 

À cette conférence, plusieurs visages connus sont présents dont celui de Maxime Prévot, mais aussi de Luc Boland, le directeur artistique du festival. Luc nous parle avec passion de son bébé (qui en est à sa 14e année. Lors de la soirée d’ouverture, il fera d’ailleurs la réflexion que son bébé est devenu un adolescent maintenant).

Et déjà, je sens qu’une histoire d’amour entre ce festival et moi se développe. Plein de belles valeurs, cet événement à tout pour me plaire : humanité, qualité et bienveillance. Ce sont les trois mots que j’encadre sur un coin de ma feuille. D’autres s’y ajoutent tout au long de la conférence. 

Luc nous explique que la représentation du Handicap dans les médias belges est de 0,47 % alors qu’entre 12 et 15 % de la population est porteuse d’un handicap. La Belgique est LE mauvais élève en termes d’inclusion médiatique. Ces chiffres me bouleversent. Étant familière aux mouvements féministes, LGBTQIA+ et écologique, j’ai l’habitude d’être déconcertée par le manque d’inclusivité dans les médias. Mais là, c’est le choc. Je me rends compte qu’en effet, même sur les comptes inclusifs que je suis, je vois très peu de contenu de ce genre. Je me rends également compte que les combats auxquels j’assiste au quotidien concernent aussi les personnes porteuses de handicaps. Pire encore, alors que certain·es doivent déjà se battre pour simplement se déplacer d’un bout à l’autre de la ville sans encombre, iels doivent en plus de ça,  se battre pour être en droit d’aimer qui iels veulent. Beaucoup de combats pour une seule et même personne.

Luc continue et nous montre la bande-annonce du festival. Les 47 films sélectionnés ont tous l’air intéressants et j’espère secrètement pouvoir tous les voir (spoiler : je n’y suis pas arrivée). 

Il nous parle de son souhait de faire tomber les stéréotypes sur le Handicap lors de ce festival. Père de Lou B, artiste autiste et aveugle, ce festival est sa manière de rendre hommage à l’Autre, de questionner nos représentations, d’apprendre, de découvrir et de comprendre ces Autres. 

«Nous sommes tous uniques, de par nos vécus singuliers. La comparaison et la concurrence n’ont aucun sens. Seule, la curiosité vis-à-vis de l’autre devrait nous guider, pour le plaisir d’apprendre et de se cultiver mutuellement.»

Luc Boland

Comment ne pas tomber amoureuse après ça ? Je suis ressortie conquise et impatiente. 

Le festival

Mercredi 08 novembre. Ça y est, c’est le jour J! Je suis tellement excitée que j’ai déjà réservé une projection avant la soirée d’ouverture. When Time got louder, de Connie Cocchia (Canada), est le premier long-métrage que je vois. Une fiction bouleversante sur un frère autiste qui doit s’adapter au départ à l’université de sa sœur, de qui il est très proche. Le film, d’un réalisme prenant, démontre avec un mélange de délicatesse et de détresse la réalité du quotidien d’une famille impactée par l’autisme. Loin du «Happy End» classique, cette fiction finit tout de même sur une note d’espoir et de résilience. Elle rappelle qu’il faut prendre les choses un jour après l’autre. Si j’avais encore un doute, ce film me fait l’effet d’une flèche dans le cœur. Outre sa qualité, je suis touchée par le jeu des acteur·rices et des sujets traités. Ça y est, le TEFF a fait sa place dans mes festivals préférés. 

À la sortie, je tends l’oreille aux différentes réactions. 95 % du public étant des personnes non porteuses de handicaps, les réactions sont diverses. Un constat me frappe : très peu connaissent le trouble du spectre autistique. Et un autre constat, encore plus frappant : je suis probablement une des seules de la salle à en savoir un peu sur le sujet. Aucune arrogance derrière ce propos : ma douce maman est infirmière dans un hôpital psychiatrique et une des ailes est réservé entre autres aux patient·es autistes. Sensibilisée depuis toute petite, de par le métier de ma maman, mais également plusieurs personnes porteuses de handicaps dans ma famille, je suis déroutée. Je n’ai pas la prétention d’en connaitre un rayon, mais ce que je pensais être des connaissances basiques et acquises par toustes sur le Handicap m’apparait comme des connaissances non acquises pour la plupart des gens. Ouch, ce festival a vraiment sa place ici !

Quelques heures plus tard, la soirée d’ouverture. Elle se découpe entre discours et projection et les différent·es intervant·es rappellent au public que si à la base le TEFF est un festival de films, il est aussi et surtout un festival de découverte et d’ouverture à la différence. Grâce aux films, on retire ces stéréotypes au mot handicap et on lui redonne sa juste place dans la société. 

Lors d'un discours, plusieurs membres de l’ASBL EOP nous parlent avec émotions de leur situation financière alarmante. Rendre ce festival 100 % accessible à un coût (70000 € pour être précise) et les financements se réduisent d’année en année. Si vous souhaitez en savoir encore un peu plus, Sixmille a réalisé l’interview du trésorier Gilles

Nous passons ensuite à la projection de The Blind man who did not want to see Titanic, de Teemu Nikki (Finlande). Un ouragan immersif balaie la salle. L’acteur principal, Petri Poikolainen, est bouleversant. Cette fiction gagnera d’ailleurs le Grand prix du Jury dans la catégorie long-métrage à cheval avec le documentaire All that remains to be seen, de Julie Bezerra Madsen (Danemark). Pour un premier jour, ça démarre sur les chapeaux de roues !

Tout au long de ces 5 jours, je suis traversée par toutes les émotions. Trois films me touchent particulièrement : When Time got louder (long-métrage fictionnel) dont je vous ai déjà parlé plus haut. 

Auxiliaire, un court-métrage fictionnel de Lucas Bacle (France), qui a remporté le Grand prix du Jury dans la catégorie court-métrage. Dans cette histoire, je rencontre Marc et Quentin. L’un est auxiliaire de vie et l’autre handicapé moteur. Entre humour et drame, je suis émue par cette complicité entre les deux amis et émue par les performances de Laurent Target (coauteur du court-métrage et présent au festival en compagnie d’Alevis Dovera) et Étienne Cocuelle. Pendant 24 min, le rire se mêle aux larmes et je m’attache malgré moi à ces deux personnages. 

Et mon dernier coup de cœur est Inspire Me, un court-métrage documentaire de Sophie Saville (Australie). Avec beaucoup d’humour, Madeleine Stewart remet sur la table la presque obligation qu’ont les personnes porteuses de handicaps à inspirer les autres et questionne cette dualité entre l’héroïsme et la pitié. Et si un entre-deux était créé ?

Mais ce festival, ce n'est pas que des films. C'est aussi une exposition, des ateliers et conférences. Et le 9 novembre, c’est Philippe Croizon, le président du jury de festival qui occupe la scène principale avec sa conférence "Tout est possible". Et à cette occasion, c'est Philippe Santantonio, un autre bénévole chez Cinqmille, qui y assiste :

"Comment rester insensible au courage, à la force et à la détermination de cet homme qui a été amputé des 4 membres à la suite d’une électrocution en 1994. Tout au long de sa conférence, Philippe nous démontre que « tout est possible ». Il nous relate ses exploits sportifs et notamment sa préparation pour traverser la Manche à la nage et surtout comment il y est arrivé. Avec beaucoup d’humour et d’autodérision, il captive notre attention et suscite notre admiration. A son tour, il nous envoie un électrochoc de force, de patience et persévérance. C’est avec une « standing ovation » que Philippe prendra congé de son public tombé sous le charme de cet éternel optimiste."

Même si je n'ai pas la possibilité de voir tous les films, je suis impressionnée par la qualité et la justesse de ceux-ci. Pendant 5 jours, mes proches et mes colocataires n'entendent parler que de ça. Je pourrais parler de ce festival pendant des heures tant il m'a bouleversée, mais j'aurai peur de ne pas avoir suffisamment de mots que pour lui rendre vraiment justice. C'est pourquoi je vous invite vivement à vous faire votre propre opinion sur les films, mais aussi sur le festival (rendez-vous donc dans deux ans ! Comme vous pouvez le voir, ce n'est pas une question mais un ordre).

Le Palmarès 2023

La soirée de clôture arrive. Douze prix sont attribués par le festival lors de la cérémonie :

Le Prix Richelieu (Jeune Public) à La sœur de Margot de Christine Doyon.

Le Prix du Public Court Métrage à The Dress de Tadeusz Liziak.

Le Prix du Public Long Métrage à En mis zapatos de Pedro Motaro.

Le Prix du public concours Fais ton court! à (Extra) ordinaire de François Renquet et Saphir ASBL.

Le Prix RTBF (Court Métrage fiction) à Son Visage de Caroline et Eric Du Potet.

Le Prix RTBF (Long Métrage) à Autisme : le petit chasseur de fantômes de Mickey Mahut et Laurent Kouchner.

Le Prix Handyciné à El paraguas de Christopher Sanchez Martin.

Le Prix CAP48 à La danse des béquilles de Yoro Niang.

Le Prix Lumière — Jojo Bulterys à Sorda de Nuria Munoz-Ortin et Eva Livertad Garcia Lopez.

Le Grand prix du Jury (Court Métrage) à Auxiliaire de Lucas Bacle.

Le Grand prix du Jury (Long Métrage) à All that remains to be seen de Julie Bezerra Madsen et The Blind man who did not want to see Titanic de Teemu Nikki.

Le Prix du jury Fais ton court! (meilleure réalisation) à Un signe de Mattéo Deschamps.

Et le Prix du jury Fais ton court! (meilleure idée originale) à Viser la lune de Catherine Ray.

Les douze prix 2021 du festival
Les douze prix 2021 du festival

Remerciements

À la fin de ce festival, je me fais une promesse à moi-même : parler plus de handicap dans les médias. Alors avec cet article, j’espère ajouter ma petite pierre à l’édifice. 

Un merci du fond du cœur au The Extraordinary Film Festival, qui porte extrêmement bien son nom. Merci aux réalisateur·rices, merci aux acteur·rices, merci aux bénévoles, merci aux membres du jury et merci à vous de lire cet article. 

Et je vous dis, à dans deux ans pour la 8e édition !

Publié le 16 Novembre 2023 par

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Il s'agit de quatre membres d'un groupe de musique sur une scène pleine d'instruments de musique.

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il s'agit d'une illustration en noir et blanc représentant le visage d'une femme, Lutanda. Elle est sur un fond rayé jaune et blanc.

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illustration d'une main qui écrit  " interview"  à la plume , autour sont dessinés des décorations type enluminure

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Illustration de mains qui dessinent des traits qui se transforment en partitions de musique. Le bâtiment du Delta est aussi représenté entre ces lignes. Il est écrit "Spotlight" au centre.

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DPleyel

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