INTIME FESTIVAL - Chapitre 2

Chronique / Reportage : Adrienne Thiéry et Photographe : MV Gillard

Chapitre 2 - Entretien Moix/Poelvoorde : Ya du monde au balcon

(et beaucoup trop dans l’Amphithéâtre)

Parmi les mérites que l’on peut attribuer à Benoît Poelvoorde, il y a celui de rendre la Belgique sexy à l’étranger. Depuis dix ans, on doit lui ajouter celui de rendre la littérature glamsy dans le Namurois. Si l’on dit de J.K. Rowling qu’elle est celle qui donne le goût de la lecture aux enfants, Poelvoorde est celui qui donne l’envie de lire aux plus réfractaires à ce loisir de boomers. Bon, on va pas se mentir, le public de l’Intime Festival, c’est pas pour autant celui d’un concert de K-pop ou de PNL. Un coup d’œil aux attributs capillaires qui dépassent des fauteuils nous donne rapidement un indice quant à l’âge moyen des spectat.eur.ice.s. Grisonnance et deuxième paire gratuite Afflelou. Et pourtant, en ce dimanche matin, il y a bien quelques ados qui trainent leurs Vans dans les couloirs du Théâtre (faut qu’j’arrête le placement de produits). Et oui, il est fédérateur, ce petit festival et - spoiler alert - on peut même s’y prendre une cuite. Oui, oui, à une rencontre littéraire. C’est ça aussi, Namur. Mais je ne voudrais pas faire l’apologie de l’alcool.

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© MV Gillard

Intimité v/s Popularité

Et puis surtout, il y a une explication. Si nous nous sommes en effet retrouvé.e.s, mon acolyte et moi, à picoler du vin blanc en plein cagnard sur le balcon du Théâtre, ce n’est pas seulement parce que c’était l’heure de l’apéro. C’est surtout que nous venions de nous faire jeter comme des malpropres de l’Amphithéâtre où devait se tenir la rencontre Moix/Poelvoorde. Bon, je vous rassure, je romance un peu. Non, on ne s’est pas fait jeter comme des malpropres, mais ma déception était telle qu’en termes de ressenti, c’était pareil. En vrai, nous nous sommes vu refuser très poliment l’accès à la salle, visiblement comble. Ce qui est un comble. Non ? Pour un festival qui se veut intime, être pris d’assaut par une foule en délire ? On se serait cru devant un Apple Store le jour de la sortie du dernier IPhone (promis, cette chronique n’est pas sponsorisée). Une copine croisée devant le Théâtre nous avait pourtant annoncé la couleur : « Vous allez voir Poelvoorde ? C’est full de chez full, y a plus une place, ça sert à rien ! ». Je ne voulais pas la croire. Naïve que je suis, je pensais que notre Pass nous assurerait de pouvoir assister à tout ce que l’on souhaitait. Il n’en fut rien : premier.e.s arrivé.e.s, premier.e.s servi.e.s. Et comme il y a cent places à tout casser, celleux qui n’étaient pas arrivé.e.s une heure à l’avance pouvaient se brosser pour assister à cette rencontre ultra people. J’écrivais dans le premier chapitre que concilier intimité et popularité était une gageure. Si Poelvoorde rend la littérature attractive en invitant des intervenant.e.s de qualité – personnalités médiatiques et reconnues -, cette noble stratégie n’est pas dénuée d’effets pervers, comme celui de ne pouvoir honorer les fans venu.e.s assister en nombre à la rencontre d’aujourd’hui.

Je ne voulais me résoudre à repartir broucouille. Mais mon insistance, mon regard implorant et ma carte de presse virtuelle de Cinqmille ne parvinrent à faire flancher l’ouvreur. Qu’à cela ne tienne, j’étais venue ici pour écrire sur cette rencontre, j’écrirais sur cette rencontre ! A défaut de la raconter moi, je tendrai le micro aux petit.es chanc.eux.euses qui ont pu y participer.

Au sortir de la salle, on alpague donc gentiment Monique, une fidèle du festival. « Ha, c’était vraiment quelque chose d’assez exceptionnel, oui, vous l’avez vraiment manqué. ». Merci Monique de touiller le couteau dans la plaie. « Avec Philippe Manche, le journaliste, ils formaient à eux trois, quelque chose d’homogène, ils avaient une sensibilité ; une délicatesse assez inattendue de la part de Yann Moix. » Ben oui, les afficionados de Ruquier voient bien de quoi vous parlez Monique. A grand renfort de conjonctions de coordination, Yann Moix, en bon polémiste du PAF, pouvait te flinguer une pauvre chanteuse fraîchement sortie d’un télécrochet, avec toute la pédanterie dont il peut faire preuve. « Et alors la qualité des échanges…..Benoît Poelvoorde, comme un étudiant qui présente un examen, est venu avec sa valise, ses bouquins et ses marque-pages, en lui demandant « J’ai beaucoup aimé ça, vous voulez pas le lire ? ». C’est le premier échange qui m’a vraiment éblouie. ». Visiblement, il n’était pas question ici de promo. Yann Moix a écrit une vingtaine de livres, et il n’a pas défendu spécialement le dernier. Monique nous souhaite qu’un enregistrement de l’entretien soit disponible. Nous aussi. 

Humilité v/s Médiatisation

Et qu’en pense ce petit couple, en conversation agitée autour d’une table de brasserie ? Il et elle n’ont pas l’air d’accord. Thomas ouvre les hostilités : « C’était à la fois très intéressant et très humble. Yann Moix, il baigne dans l’univers médiatique et il arrivait bien à se détacher de ça. Et le passage où il a parlé des migrants était bouleversant. C’était pas du tout de la promo pour le coup. Et puis, on voit que Poelvoorde il est vraiment fan de Yann Moix. De voir des gens médiatiques qui sont assez connus qui enlèvent tout le gloss, c’est assez joli parce qu’il ne reste que de la sensibilité. Mais Yann Moix, il y a toujours quelque chose d’assez provoc’ dans ce qu’il dit parce que c’est quelqu’un d’assez sensible, je pense qu’il enclenche un peu ça. Et du coup ma copine elle s’est barrée aux trois quarts. Y en a qui aiment et y en a qui aiment pas. ».

Lola se défend : « Non c’est juste que par rapport à mes valeurs personnelles, Yann Moix, je ne m’attendais pas à aller le voir pendant 45 minutes, j’y suis plus allée pour voir Poelvoorde. En fait – et ça c’est un truc que j’aime beaucoup ici à l’Intime Festival -, c’est qu’il y a un truc très simple de « On est là pour parler de sensibilités artistiques et pas tant de la médiatisation, la polémique, de choses comme ça ». Et je trouve ça intéressant, en effet de voir Yann Moix dans un contexte qui n’est pas du tout médiatique. Et c’était drôle parce qu’au début Benoît Poelvoorde a très vite désamorcé ça en disant : « Bon on part maintenant en faisant un scandale comme ça on le fait maintenant et après on pourra discuter ! ». Moi c’est juste que j’avais envie de me poser en terrasse en lisant un bouquin et je me suis dit : « C’est bon, j’ai vu ce que j’avais à voir. ». Non, il n’a rien dit de choquant du tout. Mais envoyer une féministe voir parler Yann Moix pendant 45 minutes, c’est un peu contre-productif. ».

On continue à causer du personnage, de ses contradictions, de sa récente polémique autour de ses dessins antisémites. Thomas émet une hypothèse: « Par rapport aux migrants, je pense qu’il est vraiment sincère dans sa démarche. Pour les dessins antisémites, je pense qu’il a un peu essayé de réparer tout ça avec son travail. ». Comme Monique, il est également bluffépar l’étendue de sa bibliographie : « C’est à ça aussi que ça sert le Festival, c’est un cadre humble pour nous faire découvrir plein de trucs. Je savais pas que Moix avait écrit vingt livres, il y en a un plus épais que mon bras ! ».

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© MV Gillard

Moix et Poelvoorde v/s vin blanc et cervelas

Et si on donnait un peu la parole à celleux qui, comme nous, se sont retrouvé.es le bec dans l’eau ? Pour ce faire, nous allons nous promener du côté du Foyer, où nous « espérons » trouver des gens en train de noyer leur chagrin au bar. C’est le cas de Thierry et Philippe, DJ’s de leur état, que nous retrouvons autour d’une bouteille de vin blanc. « C’est honteux ! », entame Thierry, alors que je n’ai pas encore eu le temps d’appuyer sur la touche record. « Ils savaient très bien comment ça allait se passer. Et puis ils auraient encore pu changer de salle au moment-même. Il y a des gens qui sont venus de très loin pour assister à cette rencontre. ». Bah, ce sera l’occasion de refaire ensemble le monde de la culture à Namur en se tapant un maximum de coups de soleil, puis d’aller manger avec nos compagnons d’infortune en attendant les prochains rendez-vous littéraires. Comme on dit chez nous : à défaut de nourriture intellectuelle, prends-toi un bon cervelas. C’est sur cette note du terroir que je referme cette chronique. Je garde pour moi les souvenirs de ma participation à l’entretien avec Stefan Liberski sur son livre « Une grande actrice », dont je retiendrai particulièrement les lectures douces-amères d’extraits par Marie-Paule Kumps, comédienne solaire d’une grande classe.

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